Quand la réalité ratrape l'espoir!
par AnoukLe texte qui suit ne résulte pas d’un défoulement lié au choc culturel, mais bel et bien d’un processus de réflexion . Vous y avez d’ailleurs été introduit dans mon dernier blog.
Le Sénégal serait l'espoir de l'Afrique de l'ouest... Quand la réalité rattrape l'espoir...
Selon le président, le problème est conjoncturel et non structurel… Il y a la hausse des prix du pétrole, la baisse de la disponibilité du riz sur le marché international, la mondialisation, et j’en passe. Pourtant, être un investisseur, je n’investirais pas au Sénégal malgré le potentiel; il y a des ressources naturelles, des travailleurs et un cadre réglementaire conciliant. Par contre, le gouvernement n’a pas de direction claire, unifiante et intégratrice. Il manque un projet social commun et réaliste, il manque le rêve éclairé… Je ne suis ni politicologue, ni économiste, ni investisseur. Je suis une femme qui lit la lassitude dans le regard de ses voisins, qui voit des des hommes et des femmes qui ont lâchés prise. Oui, il y a ici des gens déterminés, fonceurs et créatifs, mais leur fardeau semble très lourd. Rarement j'observe l’espoir, la frustration ou la révolte dans les yeux des sénégalais.
Deux pensées diamétralement opposées me rendent tout aussi émotive. « Mais comment font-ils pour vivre dans ces conditions avec un aussi faible revenu? Bravo! » et, « Mais merde, levez-vous et allez travailler!!! » Je ne suis pas la seule « toubab » a avoir de telles réflexions mais c’est difficile de les dire tout haut et c’est un peu troublant aussi de passer de l’une à l’autre…
Des milliards de dollars s’engouffrent au Sénégal chaque année pour l’aide humanitaire ou l’aide au développement… Un grande partie de ces fonds sert à payer des frais administratifs, des tonnes de rapports, des mariages, des beaux boubous, des fêtes de lancement de programmes, des marabouts… Sans compter le matériel donné et revendu en Mauritanie, ou le tracteur offert gratuitement et abandonné 5 ans après en raison d'une crevaison… Difficile de gérer et entretenir ce que l’on reçoit gratuitement, et ce n’est pas les formations et le soutien technique qui fait la différence…
Les rizières ne produisent pas assez faute de financement et du fait de la rareté de la main d'oeuvre pour planter, désherber, effaroucher les oiseaux et récolter… Pourtant le taux de chômage est très élevé… Les producteurs manquent aussi de machinerie. Pourtant encore, en Chine la majorité des activités rizicoles se font sans machinerie lourde (tracteurs) sur des surfaces immensément plus grandes… Ca se fait donc à la main. Ce n’est pas du travail facile mais c’est efficace au niveau de la production. en plus, çela pait. Est-ce que j’ai dit que le taux de chômage est très élevé au Sénégal?
Bon, il faut tenter de comprendre :
- Le salaire annuel moyen est d’environ $750 par an
- Le litre de lait est $2,25
- Le kilo de banane est $2 (produit au pays…)
- Le kilo de tomate est de $1,50 (produit dans la région)
- Le kilo de jambon est $40 (oui c’est une denrée de riche)
- Le kilo de mangue est $1 (produit localement à la tonne!!!)
- L’électricité coûte le même prix qu’au Canada
- Le kilo de riz, près d’un dollars et il mangent 75 kilo de riz /pers/an
- Un poulet, $8… Par contre le poissons n’est pas chers… Une chance!
- Une chaise de patio en plastique, $12
Dans un autre ordre d’idée,
- 75% des gens ont un cellulaire ($0,30/min, $100 le cell)
- Le paquet de cigarette est $1,50
- Il semblerait que le Sénégal compte la proportion la plus élevée de polygamie du continent africain… Plusieurs femme implique aujourd’hui plusieurs maisons et des frais « d’entretien » très élevés.
- Les dépenses des 20% les plus pauvres du Sénégal se répartissent ainsi :
o 10% pour le riz
o 5% pour le sucre…
Que ferions-nous dans leur situation? Dans nos sociétés, le développement s’est fait progressivement, étape par étape. Ici tout va trop vite, la population augmente trop rapidement, l’urbanisation se fait de façon désordonnée, l’introduction de plusieurs technologie se fait sans qu’il y ait eut maîtrise des concepts de bases… Des milliers d’ordinateurs s’empoussièrent dans des locaux d’ONG qui ont finalement été informatisés grâce au programme Y ou au fonds X… Pour se développer et répondre aux besoins d’une population grandissante, un pays doit commencer par développer son agriculture, puis, les petites industries, les moyennes, les grandes, le secteur des services et enfin les hautes technologies, donc les secteurs, primaires, secondaires, tertiaires et quaternaires… Et tout ça, de façon structurée, planifiée… Pas facile quand le gouvernement n’a pas de direction claire et change de plan de match aussi souvent.
Que ferions-nous? Que faisons-nous réellement?
Il y a aussi des milliers de petits et de gros projets qui fonctionnement bien, qui permettent de réduire la pauvreté, de réduire la faim, d’augmenter l’alphabétisation, d’améliorer la qualité de vie des femmes, de stimuler l’économie, d’assurer une meilleur santé et de créer un meilleur avenir par et pour les sénégalais.
Un petit mot de fin pour dire que nous allons tous très bien : Max est en vacance et en profite à sa façon (il dort beaucoup!), Flo est propre!, notre travail est très enrichissants et nos fins de semaines sont remplies de plages, nouvelles connaissances, bonnes bouffes et découvertes. C'est la saison des pluies, mais celle-ci se fait timide. Tout de même, c'est humide, il fait chaud, la population de bestioles volantes et rampantes augmente et se diversifie, de grandes flaques d'eau post-orage couvrent les rues et le paysage devient de plus en plus vert. C'est magnifique et incomfortable à la fois!








